Chose qui confondit les prévisions des trois autres voyageurs, le pseudo-malade toujours en cache-nez, comme en pleine gelée, sauta lestement sur le quai, quand on cria Nevers.
Et il se mit à détaler avec autant de prestesse qu'on devait lui en prêter peu, quand il était si dolent une heure plus tôt.
Mme de Guermanton, assistée par le préfet, descendit à son tour, car elle quittait à Nevers la voie ferrée pour prendre la route de Rouchamp.
Il lui rendit les quelques bons offices, dûs par un homme du monde à une dame seule arrivant dans une gare étrangère et, quand elle fut dans une voiture avec ses bagages, lui-même monta dans la sienne qui l'attendait depuis une heure dans la cour.
Jeanne de Guermanton portait à Rouchamp une visible inquiétude, peut-être un cœur blessé.
Le retour de Jacques, annoncé depuis quelques jours, n'avait pas eu lieu.
L'amour de la chasse ou telle autre cause de même nature le retenait-il en Morvan?
Avait-il, par une intuition familière aux femmes jalouses, germé dans le cerveau de la jeune mère de famille, un soupçon relatif à Pauline, ressuscitée par l'indiscrétion de ce hâbleur de Charaintru?
Toujours est-il que, n'y tenant plus, elle était partie sans prévenir son mari, mais quelque diligence qu'elle fît pour surprendre les hôtes de Rouchamp, un autre voyageur se trouva la devancer.
Sorti le premier de la gare, le pseudo-malade s'était renseigné et il avait fait prix rapidement avec un cocher, qui était parti de suite à bride abattue, de telle sorte qu'à la première halte, il se trouvait de deux heures au moins en avance sur la calèche octogénaire de Jeanne.