«Dois-je donc cacher ou avouer que c'est grâce à une indiscrétion de moi que Pottemain a connu la retraite de Pauline?

«Cet aveu peut-il être pour moi une source d'ennuis et de complications?

«Serait-il nuisible ou utile aux inculpés, qui, en fin de compte, me semblent mille fois plus intéressants que le défunt?

«Bref, autant de questions à propos desquelles je voudrais ton avis avant de comparaître, mais puisque tu es plus à même que moi de te faire une idée là-dessus et que je ne puis te voir, je vais tout uniment te raconter ce que je compte dire.

«Tu me répondras ensuite en me faisant la leçon sur ce que je dois taire et sur ce que je dois avouer, aussi bien dans notre intérêt commun que dans celui de la cause de ce pauvre Guermanton qui, à l'heure qu'il est, doit être encore plus embêté que moi!

«Je croyais de bonne foi Pauline Marzet suicidée, lorsque l'hiver dernier je me trouvai face à face avec elle place Saint-Sulpice.

«Profondément étonné d'une semblable rencontre et voulant en avoir le cœur net, je la suivis jusqu'à sa maison, j'interrogeai la concierge et j'appris qu'elle était connue dans cet immeuble sous le nom de Mme Darcy.

«Fidèle à ma vieille habitude de franchise, je ne jugeai pas à propos de faire mystère de cette aventure.

«Je la racontai à toi d'abord—et tu en profitas, sournois que tu étais, pour te ficher de moi!—puis à ce bon Guermanton que je rencontrai quelque temps après, où il était venu pour voir ses enfants en pension.

«Jacques haussa les épaules.