Maintenant, elle ne faisait plus au château que de rares apparitions et l'on put dire pendant quelques années que Pastouret et Victorine Ledoussat étaient les vrais maîtres de Bois-Peillot.

Mme Maslet récompensait largement de leur zèle ses deux intendants, qui, trouvant leur intérêt à demeurer honnêtes, ne cherchaient pas à augmenter leur pécule par des malversations.

Victorine était la maîtresse de Pastouret, mais par crainte de perdre le fruit de leur travail s'il en résultait quelque scandale, tous deux apportaient dans leur rapports intimes la plus extrême discrétion.

Ils se savaient enviés de leurs voisins, espionnés par les gens d'alentour et il importait qu'un bruit malveillant ne parvînt jamais aux oreilles de la châtelaine.

Victorine avait fixé un chiffre déterminé à sa dot.

—Nous nous marierons quand je l'aurai atteint, avait-elle déclaré à Pastouret. En attendant, travaillons tranquillement et laissons dire!

Mais un événement imprévu était venu subitement renverser ses prévisions bien avant qu'elle eût atteint le but qu'elle s'était proposé.

Un beau matin, Mme Maslet était tombée à Bois-Peillot, accompagnée d'un étranger n'apportant que deux malles pour tout bagage, et elle l'avait présenté comme son mari.

Sans prendre la peine d'instruire ses gens de son changement de position, elle était devenue la baronne Pottemain.

Certes, Mme Maslet, âgée alors de cinquante-deux ans, avait habitué Pastouret et Victorine à bien des excentricités—dont ils ne s'étaient jamais plaint—mais jamais ils ne se fussent attendus de la part de la vieille dame à un pareil dénouement.