LE MERLAN., mettant dans son œil une pièce de cinq francs comme un monocle et la faisant sauter d'une chiquenaude sur la table.—Amarre la thune! C'est la dernière! Plus un radis, mais la gonzesse turbine, y aura de la galtouze ce soir!

LE GARÇON.—V'là votre monnaie, le Merlan!

LE MERLAN.—C'est bon! (Le garçon se retire. Le Merlan verse de l'eau-de-vie dans les verres.) Vous l'avez tous connu, l'Marin, n'est-ce pas? C'était un camarade à moi, un ami de cœur, je l'aimais!

LISA—La Rouquine en était jalouse.

LE MERLAN., avec un sourire contenu.—Elle avait p't'être raison? Des amis comme ça, on y tient! C'est à la vie, à la mort! La preuve, c'est que je le regrette! Je me suis jamais consolé depuis son départ! Tandis que les femmes.... Pfff! Une de perdue, dix de retrouvées!...

LISA—Ça, c'est vrai, les femmes! c'est pas rare!

LE MERLAN.—Aussi, un beau jour, vous verrez... faudra que je la crève, la sale Carcasse!

LA TERREUR.—Ah! tu sais, faut bien réfléchir avant... moi, je suis pour la prudence.

LE MERLAN.—La prudence! Tu me fais rire, tiens! T'as donc jamais été touché là, toi, au cœur? (Il se frappe la poitrine.) Quand ça me prendra, ça ne traînera pas! A toi de faire, Petit-Louis, maquille, maquille! Ça regarde pas le bistro, ce que je jaspine là! Faut qu'y croit que nous jouons!

LISA—Ah! oui, le cœur! Ça fait souffrir! Je sais ce que c'est! Quand vous en aurez souffert autant comme moi! J'en ai eu deux, des amis, moi, à qui qu'on a coupé le cou.... Eh bien! j'sais la peine que ça m'a fait!