Outre que je suis indépendant, j'ai la chance d'être très rancunier et un tantinet rageur.
Le lendemain de la contexture, j'allai trouver M. Francis Magnard, qui me reçut avec sa bienveillance ordinaire. Je lui exposai mon cas et avec une affabilité dont je ne lui saurai jamais assez de gré, il mit le Figaro à ma disposition.
Deux jours après, paraissait en première page un article où je faisais juge le public de la façon dont l'homme-contexture savait berner à la fois son ministre et les hommes de lettres en l'an de grâce 1890.
Aussitôt, Larroumet ripostait par un interview rédigé en style administratif, dans lequel il était expliqué que le ministre avait maintenu de sa pleine autorité la décision de son prédécesseur, que lui, Larroumet, n'avait été dans cette affaire que le porte-parole de M. Bourgeois, et que par conséquent jamais le moindre désaccord n'a existé entre le ministre et lui.
Ma réponse va être facile.
De l'aveu même de M. Larroumet, le visa a été accordé par la censure, sauf approbation des autorités supérieures.
Donc les quatre censeurs sont hors de cause. Comme ils me l'avaient promis, leurs conclusions m'ont été favorables et il n'a pas tenu à eux que ma pièce ne fût jouée.
Restent en présence le directeur des Beaux-Arts et le ministre. L'un, le ministre, qui ignore de quoi il s'agit et jusqu'au titre de la pièce, et l'autre, le directeur, qui l'a lue et vu jouer.
Et cependant, le ministre, sans se renseigner ailleurs qu'auprès de M. Larroumet, maintient à l'aveuglette l'interdiction.
Je veux bien l'admettre, quoique cette façon d'agir soit peu digne d'un fonctionnaire d'un ordre si élevé, d'un ministre républicain.