Je laisse dire et je passe outre.

Ceci posé, il me reste à dire ici comment j'ai été amené à observer de près les mœurs populaires, à m'intéresser particulièrement aux types de la rue et à leur consacrer mes études les plus importantes et les plus osées, en dépit de ce qu'on est convenu d'appeler «la morale».

La plupart du temps, le romancier ou l'auteur dramatique qui veut rester un fidèle et impartial historien des mœurs, ne choisit pas son sujet.

Il regarde autour de lui, il étudie, prend des notes, rassemble des documents, et il suffit souvent d'un fait banal de la vie courante pour éveiller en lui une idée. Il suit alors le filon qu'il a découvert, établit des personnages, crée des types auxquels il donne, sous des noms supposés, le caractère, les habitudes, la forme pour ainsi dire des gens qu'il a coudoyés, observés et dont l'originalité l'a frappé.

C'est ainsi qu'il n'est pas le maître de son sujet, mais qu'il en est l'esclave.

Il ne lui reste ensuite qu'à chercher une trame qui lui permette de relier entre eux ces différents types et de les faire mouvoir dans une action commune et unique.

Or, si j'ai laissé à d'autres jusqu'ici le soin de disséquer les âmes bourgeoises, si je ne me suis presque jamais complu aux psychologies compliquées de gens comme il faut, où excellent les romanciers mondains, c'est que les hasards de la vie m'ont mis à même d'étudier de tout près le peuple, le bon aussi bien que le pire, et que j'ai reconnu tout de suite qu'aucune classe de la société n'est aussi intéressante et aussi peu connue.

Dernièrement, dans une conférence qu'il faisait à propos de mon dernier livre: la Lutte pour l'Amour, Francisque Sarcey, avec beaucoup d'esprit et la bienveillance à laquelle il m'a habitué, constatait que nul mieux que moi n'avait vu clair dans ces âmes rudimentaires; mais il m'engageait amicalement à abandonner cette voie, à chercher une nouvelle mine d'observations, ajoutant que j'avais épuisé la matière.

Les êtres que nous montre M. Méténier, déclarait-il, sont de véritables bêtes humaines, rebelles de par leur éducation et le milieu où ils vivent à toute civilisation. Tout tourne pour eux autour de la passion brutale qu'on appelle tout crûment le rut au Théâtre Libre, tout aboutit là, tout découle de là. Quand on a envisagé cette même idée sous ses différents points de vue, on a tout dit, et je défie qu'on trouve autre chose dans les études qu'on peut faire du bas peuple que ces deux dominantes: assouvissement de l'appétit sexuel et respect unique de la force brutale.

J'aurais mauvaise grâce de chercher noise à M. Sarcey, qui, à ces réserves près, m'a couvert de fleurs; mais il me permettra de lui dire qu'il se trompe.