—A moins, toutefois, qu'on ne soit sous le coup d'un ennui récent, comme cette pauvre Amélie, par exemple. Voyons, qu'avez-vous, ma chère enfant? Est-ce que ce gredin de Chausserouge ne vous rend pas heureuse?
—Si! répliqua la jeune femme, très heureuse! Mais c'est l'avenir qui m'inquiète... J'ai des pressentiments... Comme vous, j'ai eu trop de bonheur pendant longtemps... j'ai peur que ça ne continue pas...
Cette déclaration jeta un froid, surtout à l'heure où le but avoué de la réunion était de prendre des résolutions pour assurer cet avenir qui semblait si menaçant, et Chausserouge se hâta de changer la conversation.
Au dessert, il prit la parole:
—Ma chère amie, tu nous l'as dit il y a quelques instants, la mort de notre père a causé chez nous un vide qui n'est pas près d'être rempli... Rester seul pour veiller à tant d'intérêts, ce serait, de ma part, afficher une présomption et une confiance dans mes propres forces que je suis loin d'avoir... Je suis donc heureux de t'annoncer que Jean Tabary accepte de devenir mon second.
—C'est décidé? demanda Amélie.
—C'est décidé... absolument! déclara François en regardant fixement sa femme, à moins que madame Louise ne s'y oppose?
—Moi! s'exclama Louise Tabary, m'opposer à ce que mon fils rende service à un ami!... Ah! grands dieux! vous me connaissez bien peu! Et d'ailleurs, service pour service, Jean ne trouvera-t-il pas chez vous une situation meilleure que celle que je puis lui offrir chez moi, par le temps qui court! Ah! je suffirai bien seule à faire marcher mon petit truc!... Les affaires vont si mal!
—Il nous reste à régler les conditions... à arrêter le chiffre des appointements, dit le dompteur.
Mais Louise Tabary l'arrêta d'un geste: