Sa santé ne tarda pas à s'altérer; elle maigrissait visiblement; souvent elle était secouée de quintes de toux, qui lui brisaient la poitrine; ses pommettes saillantes s'empourpraient de rose, tandis que le mal donnait à ses yeux un fiévreux éclat.
Mais que lui importait la vie, maintenant qu'elle avait perdu toute espérance de joie, que son bonheur était à jamais envolé...
Elle végétait, dédaignant de se soigner, n'ayant d'autre souci désormais que la santé de sa fille qui, elle, se reprenait à vivre, puisant au contraire dans cette existence nomade, ce perpétuel changement d'air, une vigueur nouvelle, qui la faisait s'épanouir et grandir à vue d'oeil.
Bientôt pour le Voyage, ce ne fut plus un secret que la liaison du dompteur avec Louise Tabary.
La force de l'habitude aidant, Chausserouge cessa de dissimuler.
A chacun des déplacements du Voyage, une place était réservée à la gauche de la ménagerie pour l'entresort des Tabary.
N'ayant plus à se heurter aux révoltes de sa femme, le dompteur devint dans l'intimité moins brutal, presque tendre par moments même.
On eut dit qu'ayant conscience de l'indignité de sa conduite, mais n'osant y renoncer, il s'ingéniait à se la faire pardonner.
La vérité était que la résignation et les larmes muettes de la jeune femme avaient fait plus pour attendrir son coeur et exciter en lui des remords que les résistances de la première heure, auxquelles il avait répondu par la violence.
Ce fut lui qui, le premier, et avant même qu'elle eût songé à se plaindre, s'aperçut du changement qui s'était opéré chez Amélie.