Chausserouge quitta tout penaud le directeur du Miroir magique.
Décidément, Louise Tabary avait toujours raison: elle avait prévu la réception qu'on venait de lui faire et c'était en connaissance de cause qu'elle l'avait tout d'abord engagé avec tant d'insistance à s'adresser à Vermieux.
Il rendit compte de sa démarche à sa maîtresse:
—C'est bien fait, répondit Louise, je t'avais prévenu, tu n'as pas voulu m'écouter... Pendant ton absence je n'ai pas perdu mon temps. Comme je prévoyais la réponse qu'on t'a faite, je me suis mise aujourd'hui en campagne et, ce soir, Vermieux sera là... je l'ai invité à dîner. Tu sais, joue serré avec celui-là. C'est un malin... Du reste, je serai là pour t'appuyer.
Chausserouge ne connaissait Vermieux que de vue et de réputation. Par ouï-dire, il le savait impitoyable et rusé comme un singe.
L'usurier passait pour avoir ruiné déjà pas mal de forains qui avaient voulu jouer au plus fin avec lui. De là la répugnance du dompteur à entrer en relations avec lui.
Vermieux fut exact au rendez-vous.
—Bonjour, garçon, dit-il à Chausserouge avec sa bonhomie cauteleuse, en lui tendant la main. Eh bien? Quoi donc? c'est vrai ce que Louise m'a dit? On a eu quelques malheurs... C'est bon, on en reviendra!... Je ne veux pas te dire que je suis content de la circonstance qui me fournit l'occasion de boire un verre avec toi, mais ça me fait plaisir de trouver le fils d'un vieux camarade, d'un pays... car le père Chausserouge aussi était de l'Auvergne... Et si je peux t'être utile, par ma foi, j'en serai content!
Le repas fut très animé.
Vermieux buvait beaucoup et mangeait comme quatre; il affecta pendant le dîner de ne faire aucune allusion au motif de leur réunion.