C'était encore par ses soins qu'une immense publicité par affiches et dans la presse devait être faite dans toutes les villes où le dompteur devait séjourner.

Il devait ensuite encaisser et diviser en deux parties égales le montant des recettes.

C'était pour Chausserouge une excellente opération; pas un sou à débourser et des bénéfices assurés.

Aussi n'hésita-t-il pas à signer le traité que le signor Baldini—c'était le nom de l'impresario—avait préparé.

Du reste, cet Italien, aux manières patelines, au parler grasseyant, flatteur et cauteleux, inspirait à tous une égale confiance, sauf toutefois à Jean Tabary.

—As-tu bien pris tes renseignements sur ce bonhomme-là? demanda-t-il au dompteur.

—Tu es bête! répliqua Chausserouge. Il a déjà fait affaire jadis, m'a-t-il dit, avec mon collègue Perdel, qu'il a transporté à ses frais et par mer avec toute sa troupe, de Marseille en Espagne. Ce n'est pas sa première entreprise... Il a réussi déjà, il n'y a pas de raison pour qu'il ne réussisse pas avec moi!

—C'est égal, à ta place j'aurais demandé un cautionnement... quelque chose enfin, une garantie!

—Par exemple! c'eût été lui faire injure! C'est un homme trop loyal pour cela. Avant de toucher un sou, il n'hésite pas à avancer des sommes considérables, puisqu'il prend la charge de tous nos frais... Tu vois bien que nous n'avons rien à craindre.

—Je le souhaite, mais prends bien tes précautions... Il me parait bien poli pour être honnête et puis, en principe, je n'aime pas les Italboches!