Giovanni raconta son histoire. Il était né à Montmartre avait fait chez son père, patron menuisier, son apprentissage.

Il n'avait pu s'accoutumer à une existence calme et tranquille; il rêvait de devenir acteur ou saltimbanque, trouvait un charme infini à la vie libre, indépendante et bohème.

Le soir, dès qu'il avait dîné, il s'échappait de la maison paternelle et courait au théâtre Montmartre, où on l'avait admis comme figurant, et c'était pour lui une grande joie de revêtir les oripeaux brillants des drames de cape et d'épée.

Puis, un beau jour, le Voyage étant venu s'installer boulevard de Clichy, le jeune homme devint chez Devisme ou au théâtre Decker une «tête à l'huile»[[4]] très assidue.

On le remarqua; on l'encouragea; il finit par se faire engager à de dérisoires appointements et quand le Voyage leva le siège, sa résolution était prise. Il abandonna la maison paternelle et le métier de menuisier et partit.

Depuis, il avait fait un peu tous les métiers, bonisseur, pitre, etc. Il ne tarda pas à trouver sa véritable voie.

Entré en dernier lieu comme garçon de piste à la ménagerie Bella-Mina, il dut défendre la baraque de sa patronne contre l'envahissement d'une bande d'énergumènes réclamant à grands cris le renvoi de l'orchestre composé en grande partie de musiciens allemands.

Pour calmer l'effervescence, la dompteuse dut se résoudre à remplacer ces étrangers par des Français, mais il n'était pas facile d'en recruter du jour au lendemain.

Giovanni,—c'était le pseudonyme qu'il avait choisi depuis son arrivée sur le Voyage, car il s'appelait de son vrai nom Émile Pascaud,—s'offrit de reconstituer la petite troupe; il se souvint que lui même jadis avait fait partie de l'Harmonie Montmartroise, en qualité de piston, et pour prix de son service, il s'adjugea le titre de chef d'orchestre.

Dès lors, il devint le bras droit de Bella-Mina.