Non, décidément, il n'y avait que les sans-le-sou pour ne douter de rien!

Giovanni avait quelques économies; furieux d'avoir été déçu dans son espoir, humilié d'une pareille sortie, révolté de la malignité de cette femme qui faisait sonner bien haut les services rendus en omettant de tenir compte des succès personnels qu'il avait eus, lui, et qui n'avaient pas nui à la prospérité de la ménagerie, il demanda son compte.

Et depuis quinze jours il se reposait, lorsque Jean Tabary vint lui proposer de l'engager.

—Je suis content de savoir tous ces détails, dit Jean, parce qu'ils vont nous servir. Nous allons faire pester la Bella-Mina. Elle se figure évidemment vous avoir irrémédiablement jeté à la côte, nous allons lui prouver, et victorieusement, qu'on peut travailler hors de chez elle. Laissez-moi faire!

En effet, des annonces adroitement libellées furent, par les soins de Jean Tabary, insérées dans les journaux.

En substance, il y était dit que seul, après l'accident survenu à Chausserouge, un jeune homme s'était senti le courage d'affronter, sans exercice préalable, ces terribles animaux qui avaient failli dévorer leur propriétaire.

C'était le fameux Giovanni, un dompteur de vingt-trois ans, dont on avait pu apprécier chez Bella-Mina le sang-froid et la surprenante audace.

On conviait donc le public à venir applaudir ces débuts extraordinaires. L'affluence fut énorme et Giovanni, comme il l'avait prévu, après la petite répétition à huis-clos qu'il avait exigée, n'eut aucune peine à se faire obéir des animaux, rompus à tous les exercices par de longs mois d'entraînement.

Il n'avait pas eu, naturellement, à présenter Néron, gisant toujours sur sa litière.

Dès lors, la ménagerie redevint à la mode.