Pendant les premiers jours qui suivirent l'accident, il avait été facile de soigner Néron. L'animal gisait sans force, presque sans mouvement, entre la vie et la mort.
On l'avait nourri à l'aide de sondes, combattant la fièvre et l'affaiblissement des premières heures par les soins incessants que lui prodiguaient les garçons de piste, puis Giovanni, dès qu'il eût pris son service à la ménagerie.
Il n'y avait aucun péril à affronter cette bête, qui «ne remuait plus ni pieds ni pattes» et dont toute la vie semblait s'être réfugiée dans le regard.
C'était le grand plaisir de Zézette de profiter de l'instant où l'on ouvrait la porte de la cage pour se faufiler derrière le dompteur.
Elle éprouvait un contentement infini à fouler de nouveau ce plancher, à considérer, à travers les barreaux, les banquettes vides sur lesquels une assistance nombreuse l'avait si souvent applaudie.
Elle s'agenouillait près de l'animal, passait ses petites mains dans son épaisse crinière, tapotant la tête énorme du fauve.
Et quand le pansement était terminé, elle se relevait à regret et il fallait presque l'entraîner de force hors de la cage.
Bientôt les forces commencèrent à revenir. Le lion put commencer à se lever et il devint sinon dangereux, du moins imprudent de l'approcher. Giovanni seul fut dès lors chargé de lui administrer les remèdes.
Un jour, en entrant comme d'habitude, il trouva pour la première fois le lion debout.
A la vue du jeune homme, Néron poussa un rugissement étouffé, et marcha au-devant de lui, la gueule menaçante.