—Ma fille!... Ma petite file!...

Et de nouveau il se fit raconter l'affaire par l'enfant, elle-même, comment l'idée lui était venue d'entrer dans la cage de Néron, quelles sensations elle avait éprouvées.

Quand elle vint à décrire la fureur qu'avait montrée la bête à la vue de Giovanni, il l'interrompit:

—Maintenant, dit-il, je comprends et il sera désormais impossible de faire travailler Néron sans s'exposer à être boulotté... Il a gardé rancune de la correction qu'il a reçue et il a pris l'horreur de l'homme... Tu as fait exception parce que tu es une enfant et que tu as une robe... Désormais, Néron sera aussi docile avec toi qu'il restera indomptable pour tout autre... Continue à entrer chaque jour avec lui pour le soigner, mais veille bien à ce qu'aucun homme n'apparaisse aux abords de la cage pendant tout le temps que tu seras enfermée avec lui... Il pourrait t'arriver malheur...

—Et quand il sera guéri, dis, papa, tu me laisseras encore lui rendre visite, pour entretenir l'amitié?

—Oui, après que moi-même, j'aurai pris ma revanche avec lui...

—Mais toi, papa, il te dévorera, puisque tu dis qu'il se souvient.

—Je ne peux pas avoir le dessous, comprends donc! mon amour-propre est engagé. Il faudra bien que j'en vienne à bout, mais après cette expérience, je te le laisserai. Ce sera ton lion à toi, pour quand tu auras quinze ans et qu'on te permettra enfin de reparaître en public.

—Merci, petit père! dit Zézette en baissant la tête, mais la résolution que son père avait prise de se rencontrer de nouveau avec Néron, la remplissait d'une crainte instinctive.

Un pressentiment l'avertissait que le fauve, si doux avec elle, retrouverait en face de Chausserouge sa férocité native. Comme si par une sorte d'affinité, les rancunes de l'animal eussent eu un écho dans son âme, elle était sûre qu'un malheur planait, inéluctable, si son père persistait.