—Est ce que tu souffres, ma chérie, tu ne manges pas, tu es malade?
—Non! je ne peux pas... Je n'ai pas faim.
—C'est la suite de son indisposition, dit Louise, si elle est fatiguée, elle ferait mieux d'aller se coucher.
—Oui, dit tout bas la petite fille à son père, laisse-moi m'en aller, je n'en puis plus!
Elle se leva et courut se réfugier dans la tente où elle couchait d'habitude. Là, elle s'étendit sur son lit, la tête enfoncée dans les couvertures, et elle pleura, toute frissonnante et secouée par la peur.
Ses nerfs, encore malades à la suite de l'épouvante qu'elle avait ressentie pendant la nuit sinistre, venaient de recevoir une secousse pareille.
Le cynisme effroyable des assassins parlant, des heures durant, devant un étranger avec une aisance et une tranquillité telle qu'elle eût été tentée de croire que le crime n'existait que dans son imagination, l'avait remplie de terreur.
A chaque minute, elle avait eu la tentation de crier aux Tabary:
—C'est vous qui l'avez tué, Vermieux... Je vous ai vus!
Mais son père, son père était là... aussi coupable que les autres et qu'il fallait accuser en même temps!