A sa vue, Néron, dont la crinière s'était hérissée tout entière, s'était jeté contre les barreaux qu'il s'efforçait d'ébranler sous son effort.
Les crocs menaçants, la gueule écumante, il se tenait debout, puis s'accroupissait comme pour prendre son élan et bondir sur le dompteur... puis se redressait d'un coup de reins... Chausserouge s'approcha de la cage.
L'animal passa ses pattes de devant par dessous les barreaux et, toujours grondant, il cherchait à attirer l'homme à lui.
—Allons! allons! pas de méchanceté, Néron, dit le dompteur, tout en se tenant prudemment hors de l'atteinte des griffes du fauve.
Mais il pâlit et fit un pas en arrière. Au moment où son regard se croisait avec le regard sanglant de la bête, la même hallucination le reprit, l'effrayante hallucination qui l'avait poursuivi pendant ses nuits de fièvre et d'insomnie.
Dans ces yeux brillants de colère, il retrouvait l'expression des yeux de Vermieux... De Vermieux qui renaissait comme s'il se fût incarné dans le lion!
Dès lors, tout lui parut changé dans la ménagerie; les bêtes que le rugissement de Néron avait réveillées et qui répondaient à l'appel de leur redoutable voisin, lui parurent hurler à la mort!
Il lui sembla qu'une sorte d'obscurité envahissait tout à coup la baraque, illuminée seulement par les éclairs du regard de Néron.
L'étal roulant, le corps déchiqueté de Vermieux, les bras rouges de sang de Tabary, les chairs pantelantes du vieillard déchirées à belles dents par les fauves affamés, la scène toute entière du crime se reconstitua subitement dans sa cervelle et, comme devant un kaléidoscope, toutes les péripéties défilaient devant ses yeux effarés... Il se sentait magnétisé, attiré fatalement..
Vermieux lui criait: