XIV
Durant les premiers mois qui suivirent la mort de Chausserouge, rien ne fut notablement changé dans l'existence de Zézette.
Les Tabary affectèrent tout d'abord de lui montrer des prévenances; des égards auxquels ils l'avaient peu habituée, mais qui faisait dire sur tout le Voyage:
—Quelle chance a eue cette petite Zézette de tomber sur les Tabary! Comme ils sont gentils pour elle!
S'ils parlaient de la fin du dompteur, de l'avenir de l'enfant, c'était avec d'hypocrites apitoiements:
—Cette pauvre enfant!.. qui aimait tant son père!.. Le malheur avait fait d'elle une orpheline... Eh bien! elle ne restait pas seule, abandonnée dans la vie... Elle retrouvait une nouvelle famille!...
Pendant quelque temps, Fatma elle-même se laissa prendre à ces marques de tendresse, à cette sympathie qu'on témoignait à la gamine.
Il lui parut bien qu'on avait dû lui changer la Tabary qu'elle connaissait, mais on s'amende à tout âge et elle mit sur le compte du changement soudain de position cette façon d'être si nouvelle et si inattendue.