—Néron! Vendre Néron! Il est à moi, je le garde!
—D'abord, dit Jean qui avait été tout d'abord abasourdi par cette interruption à laquelle il ne s'attendait pas, je suis juge de la question... Je suis tuteur... et je suis maître... Il m'appartient de sauvegarder nos intérêts comme je l'entends.
—C'est possible! dit Zézette, bien que toutes tes innovations ne soient pas de mon goût, je n'ai rien dit jusqu'ici... Aujourd'hui, je me fâche... Tu m'as pris la Grandeur, Loustic, ces bêtes que j'avais dressées et qui ne connaissaient que moi, j'ai laissé faire, tout en souffrant beaucoup de les voir en d'autres mains que les miennes... Aujourd'hui, tu veux m'enlever Néron... Ça ne sera pas! Je suis encore quelque chose ici.
—Un animal qui a mangé ton père!... dit Jean Tabary avec colère..
—Oui... malheureusement... et qui dévorera quiconque l'approchera, quand ce ne sera pas moi!... Eh bien, je tiens à Néron... Il est né dans l'établissement, il n'en sortira pas et c'est avec lui que je ferai ma rentrée devant le public, le jour où j'aurai l'âge... Du reste, ce jour-là bien des choses seront changées, je t'en réponds!...
—Tudieu! dit Jean d'un air mauvais, en voilà une gamine entêtée! Écoute bien, Zézette, dans ton intérêt, je ne te conseille pas de faire la mauvaise tête avec moi... Tu as plus à y perdre qu'à y gagner... Sinon, j'agirai avec toi comme on agit avec les petites filles pas sages, je te flanquerai le fouet...
—Viens-y donc! cria Zézette en se levant, les bras croisés.
Et il y avait dans le regard de l'enfant tant de fermeté; on y lisait une résolution si arrêtée de ne pas se laisser traiter en gamine que Tabary se sentit à moitié vaincu.
—Écoute bien, Jean, ajouta la fille de François Chausserouge sur un ton qui ne laissa pas de troubler les Tabary, tu viens de dire un mot que je vais retourner contre toi... Tu as dit que j'avais plus à perdre qu'à gagner en te contredisant...
—Parfaitement! dit le jeune homme qui devenait blanc de colère.