En quelques secondes, un monde de pensées traversa leur esprit. Pour montrer tant d'énergie, pour parler avec tant de sûreté, elle devait ne pas être seule à connaître ce secret abominable...

D'autres qu'elle devaient être au courant de leurs machinations, de leurs infamies qui commençaient à l'envoûtement de Chausserouge par Louise Tabary, pour finir à l'assassinat de Vermieux...

D'autres, qui, prévenus, s'ils tentaient de retrancher ce témoin gênant, parleraient à leur tour et vengeraient Zézette...

Et quelles preuves avait l'enfant de leur crime?

Devait-elle la connaissance de l'attentat à une confidence in extremis du dompteur plein de remords?

Avait-elle vu?

Ou possédait-elle une pièce, remise en mains sûres, attestant leur culpabilité?

Alors, quelle conduite tenir, quelle phrase trouver pour arriver à connaître la vérité ou détourner les soupçons si, par hasard, l'accusation n'était encore basée que sur des soupçons?

Ce fut Louise Tabary qui, la première, recouvra la parole et trouva les mots qu'il fallait pour arracher la vérité sans se compromettre davantage.

—Ma chère Zézette, dit-elle solennellement, tu viens de formuler une accusation telle que tu nous en vois, mon fils et moi, tout émus... Certes, nous pouvons avoir eu des torts envers toi... Nous pouvons, tout en cherchant à soutenir nos communs intérêts, nous être parfois trompés... Personne n'est parfait en ce monde... mais notre conscience ne nous reproche rien... Nous n'avons jamais commis une action coupable et nous souffrons que tu puisses avoir eu un instant la pensée que nous étions pour quelque chose dans la disparition de Vermieux... Nous avons droit à une explication... Au besoin, nous l'exigeons...