La nuit tombait sous ces mêmes arbres où jadis Amélie, la mère de Zézette, avait passé tant de nuits à rôder autour de sa caravane, désertée par François Chausserouge, pour aller retrouver sa maîtresse.

Zézette avait gardé le souvenir très net de cette époque néfaste, et en entendant le fils de cette Louise maudite murmurer à son oreille les mêmes paroles que l'autre, la mégère, avait dû faire entendre à son père, elle ne put réprimer un petit frisson.

C'est là qu'avaient commencé les désastres qui avaient frappé sa famille; c'est là que sa mère s'était alitée, ressentant, après tant de secousses terribles, les premières atteintes du mal qui devait l'emporter.

Ce lieu allait-il encore lui porter malheur, à l'heure même où la fortune paraissait vouloir lui redevenir favorable?

Elle avait montré jusque-là trop d'énergie pour ne pas continuer; elle entendait ne pas perdre un pouce du terrain qu'elle avait gagné, rester maîtresse de la situation.

Aussi fut-ce d'une voix ferme qu'elle répéta:

—Que veux-tu dire?... J'entends que tu t'expliques?...

Tabary prit le bras de la jeune fille, le passa sous le sien, et tous deux marchèrent à l'ombre des hauts platanes, tous deux décidés à la lutte.

—C'est tant pis pour lui, répéta-t-il sourdement, parce que tous les jours la passion que j'ai pour toi augmente, parce que je veux que tu sois à moi et que s'il se met en travers de mon chemin, ce sera entre nous un duel sans merci...

—Tu le traiteras comme tu as traité Vermieux, sans doute? fit Zézette durement... Tu le tueras!...