—Mesdames et messieurs, c'est pour avoir l'honneur de vous remercier. Demain, deux grandes représentations, l'une à trois heures, l'autre à neuf heures du soir, la dernière, suivie du repas des animaux!
Dans la caravane, où il le rejoignit, il étreignit longuement son fils dans ses bras.
Il pouvait mourir maintenant. Il avait un digne successeur.
Jamais, même au temps de sa jeunesse, il n'aurait égalé en hardiesse et en vigueur ce galopin de dix-huit ans.
Il en avait honte, mais ça lui faisait tout de même bien plaisir.
Mais en même temps que, de par son succès, François devenait grand premier rôle, un soudain changement s'opéra chez lui.
Grisé par ses triomphes quotidiens, il oublia son humble origine et par quelle série de privations son père avait dû passer pour atteindre à ce degré de prospérité, qui lui avait permis de débuter si brillamment.
Il n'attribua qu'à lui l'engouement subit dont le public avait été saisi et qui faisait chaque soir affluer dans la baraque le «monde chic» et tout ce que Paris comptait de notabilités.
Certes, sa jeunesse, la crânerie avec laquelle il affrontait le péril étaient pour quelque chose dans cet enthousiasme, mais la vieille renommée de son père, qui l'avait façonné, instruit, qui l'avait fait bénéficier de ses trente années de dure expérience, y était aussi pour beaucoup.
Plein d'orgueil, le jeune homme s'en rendit d'autant moins compte qu'il était en but à des sollicitations bien faites pour flatter sa vanité.