A la première étape, cependant, sur la route de Melun, le jeune homme avait manifesté tout haut son mécontentement.

Il avait deviné les intentions de son père et s'était montré froissé qu'on voulût lui forcer la main.

Alors Amélie s'était approchée de lui et, très humblement:

—Vrai! ça t'ennuie tant que ça, François, que nous soyons partis ensemble?

—Non... Mais je trouve que c'était inutile...

—Je trouve, moi, interrompit Chausserouge, que c'était indispensable. Ne nous fallait-il pas quelqu'un pour s'occuper des détails intérieurs de nos deux maisons et, mon Dieu! personne mieux qu'Amélie ne pouvait s'acquitter de ce soin, puisqu'elle consent à s'en charger. Du reste, Collinet voulait depuis longtemps quitter le Voyage. Ça le rapprochera de son pays et, pour le surplus, il n'avait pas de meilleure occasion, s'il voulait gagner de l'argent, que d'entreprendre la tournée en notre compagnie. Tu vois bien que tout est pour le mieux.

François ne répondit rien et bouda trois jours, mais peu à peu il se sentit insensiblement gagné par le dévouement que lui montrait la jeune fille, les prévenances dont on l'entourait.

Lorsqu'il avait donné, les soirs de séjour, sa représentation, quand la ville était retombée dans le calme monotone des cités de province, et une fois ses bêtes pansées, il était bien forcé, ne connaissant personne, de rentrer dans la caravane.

Il trouvait alors son souper servi, et dans un coin, près du poêle, les deux vieux assis, fumant tranquillement leur pipe, tandis qu'Amélie se multipliait pour qu'il ne lui restât rien à désirer.

Après le dîner, un rams familial ou un piquet à quatre les réunissait encore autour de la table et on allait se coucher, non sans avoir pris pour le lendemain les dernières dispositions.