Depuis le départ de la marcheuse, la photographie ne faisait plus ses frais et il vint un moment où l'entreprise commune ne rapportant pas les bénéfices qu'on en espérait, Boyau-Rouge montra les dents.

L'activité qu'il dépensait ne portait pas ses fruits et il regrettait à présent son ancienne situation. Il exposa ses griefs à la jeune femme qui, de son côté, commençait à réfléchir, et tous deux tinrent conseil.

On négligea de demander son avis à Tabary, qui, depuis qu'il n'était plus surveillé, noyait régulièrement son ennui dans les pots.

—Ma chère amie, dit le bonisseur, nous perdons notre temps... et si ça continue, nous perdrons notre argent... Tu as beau avoir comme moi le génie de la réclame, ça ne suffit pas... Dans une industrie comme la notre, notre métier consiste à nous moquer du public... En somme, on lui demande son argent et on ne lui donne en retour rien d'intéressant... Il se laisse bien empiler une fois, mais il ne revient plus et il empêche les autres de venir. Que de fois déjà n'ai-je pas vu des gens en ballade sur la foire et sur le point d'entrer, être arrêtés par l'un d'eux:—«Ah! non, pas là-dedans, je vous en prie, c'est des farceurs!» Dans un entresort, vois-tu, il faut savoir trouver et offrir des compensations qui font passer sur la pauvreté du spectacle.

—Je ne comprends pas, dit Louise.

—Tu vas comprendre, reprit Boyau-Rouge. Le jour où les beaux messieurs, les rigolos qui viennent pour s'amuser aux fêtes sauront trouver ici une jolie fille... pas bégueule, il n'y aura plus besoin d'aller les chercher... Ils reviendront tous les jours, tout seuls... et ils mettront à la mode ton établissement... Ce n'est pas autrement que la mère Voiret a fait fortune...

—Mais Charles?... objecta Louise, qui comprenait admirablement, mais qui voulait au moins avoir l'air de résister.

—Charles!... Charles!... qu'est-ce que ça peut lui faire... Ça ne l'empêche pas de le garder...

—Oh! oui, tu sais, dit Louise avec dignité, car il est le père de mon fils!

—Justement... En somme, tu travailleras pour l'avenir de ton enfant... avenir que nous compromettrons si nous conservons un truc qui nous fera bouffer jusqu'à notre dernière galette. Dès l'instant que tout ira bien, Charles n'aura rien à dire...