Ce changement n'est peut-être pas très apparent à première vue.

En 1868, nous voyons M. Pater écrire avec le même choix exquis des mots, avec la même mélodie soignée, avec le même caractère, et d'un style qui est presque analogue.

Mais à mesure qu'il avance dans la vie, l'architecture du style se fait plus riche et plus complexe, l'épithète devient plus précise et plus intellectuelle.

De temps à autre on peut être porté à trouver qu'il y a ici ou là une phrase un peu longue, et peut-être, se hasarderait-on à dire, un peu lourde, un peu empêtrée dans son mouvement. Mais s'il en est ainsi, cela est dû à ces vues latérales, qui se révèlent soudain à l'idée pendant sa marche, et qui ne font que la mettre en lumière; ou bien à ces heureuses arrière-pensées qui donnent au dessin central un fini plus complet, tout en gardant l'air charmant d'une trouvaille; ou bien à un désir d'indiquer légèrement les nuances du sens avec leur accumulation d'effet, et d'éviter, parfois, la violence et la rudesse d'une opinion trop définie et trop exclusive.

En effet, au moins en matière d'art, la pensée est inévitablement colorée par l'émotion.

Aussi est-elle fluide plutôt que fixée, et se reconnaissant dépendante des états d'esprit et de la passion des beaux moments, elle n'acceptera point la rigidité d'une formule scientifique ou d'un dogme théologique.

En outre, le plaisir critique que nous éprouvons à suivre à travers les détours d'apparence compliquée, d'une phrase, le travail de l'intelligence constructive, n'est point à dédaigner.

Dès que nous nous sommes rendu compte du dessin, tout paraît si clair et si simple.

Avec le temps, ces longues phrases de M. Pater finissent par acquérir le charme d'un morceau de savante musique, et par avoir aussi l'unité d'une belle musique.

J'ai donné à entendre que l'essai sur Wordsworth est probablement le morceau le plus récent que contienne le volume.