Les premiers Essais de M. Pater avaient leurs purpurei panni si remarquablement bien faits pour être cités, comme le fameux passage sur Monna Lisa, et cet autre où l'étrange idée que Botticelli se faisait de la Vierge est si étrangement exposée.

Il est difficile de choisir dans le présent volume un passage de préférence à un autre pour caractériser avec plus de précision la manière de M. Pater.

En voici toutefois un qui mérite d'être cité tout au long.

Il contient une vérité éminemment appropriée à notre siècle.

«Que la fin de la vie soit non point l'action, mais la contemplation,—être en tant que distinct d'agir,—une certaine disposition d'esprit, tel est sous une forme ou une autre, le principe de toute moralité supérieure. En poésie, en art, si vous entrez réellement dans leur esprit véritable, vous touchez, en quelque sorte, ce principe: tous deux, par leur stérilité, sont un type du fait de contempler sans autre objet que la simple joie de contempler. Traiter la vie dans l'esprit de l'art, c'est faire de la vie une chose dans laquelle fins et moyens ne font plus qu'un: encourager cette attitude, telle est la vraie signification morale de l'art et de la poésie. Wordsworth et d'autres poètes, qui ont été comme lui en des temps anciens ou plus récents, sont les maîtres, les experts dans cet art de la contemplation impassible. Leur œuvre ne tend pas à donner des leçons, à imposer des règles, ni même à nous stimuler vers de nobles buts, mais à éloigner pour un temps nos pensées du pur mécanisme de la vie, à les fixer par des émotions appropriées sur le spectacle de ces grands faits de l'existence humaine qu'aucun mécanisme ne domine, «sur les grandes et universelles passions des hommes, sur les plus générales et les plus intéressantes de leurs occupations, sur l'ensemble du monde de la nature», sur «les opérations des éléments et les apparences de l'univers visible, sur l'orage et l'éclat du soleil, sur les révolutions des saisons, sur le froid et la chaleur, sur la perte d'amis et de parents, sur les injustices, les ressentiments, la gratitude et l'espoir, sur la crainte et la souffrance.» Assister à ce spectacle avec les émotions qui conviennent, tel est le but de toute culture, et une poésie comme celle de Wordsworth est une nourriture substantielle, un stimulant pour ces émotions. Il voit la nature pleine de sentiment et d'émotion. Il voit les hommes et les femmes comme des parties de la Nature, passionnées, émues, en un groupement étrange, en rapport avec la grandeur et la beauté du monde naturel, images, ce sont ses propres expressions, d'hommes souffrants parmi des formes et des puissances redoutables.»

Certainement le véritable secret de Wordsworth n'a jamais été mieux exprimé.

Après avoir lu et relu l'Essai de M. Pater,—car il exige une seconde lecture,—on revient à l'œuvre du poète avec un nouveau sentiment d'admiration, une sorte d'attente vive et passionnée.

Et c'est là ce qu'on pourrait regarder, sans trop approfondir, comme la marque ou la pierre de touche de la plus fine critique.

Pour conclure, on ne peut s'empêcher de remarquer le délicat instinct qui a conduit à donner son tour particulier au bref épilogue qui termine ce charmant volume.

La différence entre l'esprit classique et l'esprit romantique dans l'art a été souvent discutée, et avec une grande exagération d'emphase.