Aucun pays n'a jamais eu autant de poétesses à la fois.
En vérité, quand on songe que les Grecs n'eurent que neuf muses, on est parfois tenté de se dire que nous en avons trop.
Et pourtant l'œuvre accomplie par les femmes dans la sphère de la poésie atteint véritablement à un niveau fort élevé d'excellence.
En Angleterre, nous avons eu toujours de la tendance à déprécier la valeur de la tradition en littérature.
Dans notre empressement à trouver une voix musicale nouvelle et un mode musical plus jeune, nous avons oublié la beauté que peut posséder Echo.
Nous cherchons d'abord l'individualité et la personnalité, et c'est là, à vrai dire, ce qui caractérise le mieux les chefs-d'œuvre de notre littérature, tant en prose qu'en vers.
Mais une culture systématique, et l'étude des meilleurs modèles, si elles s'unissent à un tempérament artistique, à une nature ouverte à d'exquises impressions, peut produire bien des choses admirables, bien des choses dignes d'éloge.
Il serait tout à fait impossible de donner une liste complète de toutes les femmes qui depuis Mistress Browning se sont essayées sur le luth et la lyre.
Mistress Pfeiffer, Mistress Hamilton King, Mistress Augusta Webster, Graham Tomson, Miss Mary Robinson, John Ingelow, Miss May Kendall, Miss Nesbit, Miss May Probyn, Mistress Craik, Mistress Meynell, Miss Chapman, et bien d'autres ont fait vraiment de bonnes choses en poésie, soit dans le grave mode dorien de la poésie pensive, intellectuelle, soit dans les formes légères et gracieuses de l'ancienne poésie française, soit dans le genre romantique de l'antique ballade, soit dans ce «monument d'un moment» comme s'exprimait Rossetti, le sonnet tendu et concentré.
Parfois on est tenté de désirer que cette faculté artistique si vive que les femmes possèdent, à n'en pas douter, se développe un peu plus dans le sens de la prose, un peu moins dans le sens des vers.