Il y a certains vers d'une puissance étrange, et vraiment, en dépit de l'exagération dans l'allitération, peut-être par suite de cela même, toute la pièce est une remarquable œuvre d'art.
Bien loin vers le Sud, vers l'espace où ne paraît pas une voile. Loin de la zone de la fleur et de l'arbre, s'étend, enveloppé d'hiver et de tourbillon et de plainte, le fantôme d'une terre, entouré du fantôme d'une mer. Mystérieux est le brouillard de son sommet à sa base; le soleil de son ciel est ridé et gris. C'est le fantôme de la lumière que la lumière qui éclaire sa face. Jamais ce n'est la nuit, jamais ce n'est le jour. C'est là le nuage ou il n'y a ni une fleur ni un oiseau; ou l'on n'entend jamais la douce litanie des sources, rien que l'orgueilleux, l'âpre tonnerre ne s'y perçoit. Rien que la tempête, avec un grondement dans ses ailes.
Jadis à l'aurore de cette belle sphère, sur cette terre à la face douloureuse, désolée rayonna le jour bleu, et régna la beauté de l'année, qui nourrit la feuille et la grâce de la fleur. Grandioses étaient les lumières de son midi au cœur de l'Été. Des Matins de majesté brillaient sur ses mers. On y voyait la scintillation des étoiles et la splendeur de la lune, qu'accompagnait la marche de la brise chantante. Vallons et collines, ou murmuraient des ailes, ravins pleins d'asphodèles,—espaces emperlés, fleurissaient, flamboyaient de la splendeur du Printemps au temps lointain, à l'aube de ce monde merveilleux.
M. Sladen présente Alfred Domett comme «l'auteur d'un des plus grands poèmes d'un siècle où ont fleuri Shelley et Keats, Byron et Scott, Wordsworth et Tennyson», mais les extraits qu'il donne de Ranolf et Amohia ne justifient guère cette assertion, quoique le chant du Dieu de l'Arbre, au quatrième chant, soit d'une facture adroite, mais exaspérante.
Un midi du cœur de l'Été par Charles Harpur, «le père grisonnant de la poésie australienne», est joli et gracieux.
Les Accents forestiers par Thomas Henry, et la Nuit du Samedi par Miss Veel, méritent d'être lus, mais en somme les poètes australiens sont extrêmement ternes et prosaïques.
On dirait qu'il y a peu de sirènes dans le Nouveau-Monde.
Quant à M. Sladen lui-même, il a fait son travail d'une manière très consciencieuse. Il va même jusqu'à refaire presque entièrement une pièce, par la raison que la copie manuscrite lui en est arrivée fort mutilée.
C'est un pays charmant que le pays des rêves Au-delà de l'air lumineux Il a des jours plus ensoleillés, des ruisseaux plus scintillants Et des jardins plus beaux que ceux de la Terre.
Telle est la première strophe de cette élucubration, et M. Sladen nous apprend avec un orgueil bien excusable que les endroits imprimés en italique sont de sa façon.