[32] Pall Mall Gazette, 14 décembre 1888.
Les Modèles à Londres[33].
Les modèles professionnels sont une invention purement moderne.
Chez les Grecs, par exemple, ils étaient tout à fait inconnus.
M. Mahaffy, il est vrai, nous apprend que Périclès avait coutume d'offrir des paons aux grandes dames de la société athénienne pour les décider à poser devant son ami Phidias, et nous savons que Polygnote introduisit dans son tableau des Femmes Troyennes le portrait d'Elpinice, sœur du grand leader conservateur de l'époque, mais il est évident que ces grandes dames ne rentrent pas dans notre sujet.
Quant aux vieux maîtres, il est certain qu'ils firent sans cesse des études d'après leurs élèves et leurs apprentis, que même leurs tableaux religieux abondent en portraits de leurs connaissances, et de leurs parents, mais ils semblent n'avoir point eu l'inestimable avantage de l'existence d'une classe de gens qui ont pour unique profession de poser.
En fait, le modèle, au sens propre du mot, est le produit direct des écoles académiques.
De nos jours, chaque pays, excepté l'Amérique, a ses modèles.
A New-York, et même à Boston, un bon modèle est une telle rareté que la plupart des artistes sont réduits à peindre des Niagara et des millionnaires. Mais en Europe il en est autrement.