Pourquoi tarder? Va-t'en d'ici, je suis las de tes airs de langueur, las de ton regard toujours fixe, de ta somnolente magnificence. Ton haleine horrible, et lourde, fait vaciller la lumière de la lampe, et sur mon front je sens la moiteur, et les terribles rosées de la nuit et de la mort. Tes yeux sont comme des lunes fantastiques qui frissonnent en quelque lac stagnant. Ta langue est comme un serpent écarlate qui danse à des airs fantastiques. Ton pouls bat des mélodies empoisonnées et ta gueule noire est comme le trou laissé par une torche ou par des charbons ardents sur des tapis sarrasins.


Va-t'en. Les étoiles aux nuances de soufre s'enfuient en hâte par la porte de l'occident. Va-t'en, ou peut-être il sera trop tard pour monter dans leurs silencieux chars d'argent! Vois, l'aurore frissonne autour des clochers gris qui portent un cadran doré, et la pluie ruisselle sur chacune des vitres taillées en diamant, et ses larmes rendent trouble le jour déjà terne. Quelle furie aux cheveux de serpents, récemment sortie de l'enfer, avec des gestes de laideur et d'impureté, a pu s'enfuir loin de la reine qu'endorment les pavots, et l'introduire dans la cellule d'un étudiant?


Quel criminel fantôme, aussi dépourvu de chant que de voix, s'est glissé à travers les rideaux de la nuit, en voyant ma bougie brûler avec éclat, a frappé, et vous a invitée à entrer? N'en est-il pas d'autres plus maudits, et d'une lèpre plus blanche que la mienne. Abana et Pharphar sont-ils desséchés, que tu sois venue jusqu'ici pour étancher ta soif.


Sphinge trompeuse! Sphinge trompeuse, près des roseaux du Styx, le vieux Charon, appuyé sur sa rame, attend mon obole. Pars la première, et laisse-moi à mon crucifix, dont le pâle Accablé de douleur, promène sur le monde son regard las, et pleure sur toute âme qui meurt, et pleure sur toute âme vainement.


CAMMA