Privé de livres, de toute relation avec des êtres humains, isolé de toute influence humaine et humanisante, condamné au silence éternel, soustrait à tout contact avec le monde extérieur, traité en animal dépourvu d'intelligence, dégradé au-dessous du niveau de n'importe quelle créature du monde des bêtes, le misérable, qui est enfermé dans une prison anglaise, n'a guère de chance d'échapper à la folie.
Je ne tiens point à m'étendre sur ces horreurs, et moins encore à exciter en ces affaires un intérêt sentimental passager.
Aussi, je me bornerai, avec votre permission, à dire ce qu'on devrait faire.
Tout détenu devrait avoir un assortiment suffisant de bons livres.
Présentement, pendant les trois premiers mois de sa détention, on ne lui accorde aucun livre, à l'exception de la Bible, du livre de prières et du livre de cantiques.
Après ce temps, on lui accorde un livre par semaine.
Non seulement ce n'est pas assez, mais encore les livres, qui composent la bibliothèque ordinaire d'une prison, sont absolument sans valeur.
Ce sont surtout des livres soi-disant religieux, de troisième catégorie, mal écrits, composés évidemment pour des enfants, et qui ne peuvent convenir ni à des enfants ni à d'autres.
Il faudrait encourager les prisonniers à lire, et avoir les livres dont ils ont besoin, et ces livres devraient être bien choisis.
Actuellement le choix des livres est fait par l'aumônier de la prison.