Basques, Navarrais, Catalans, fils d'exilés morts de faim et de misère sur le sol étranger, ils ont des colères de fauves contre ces réguliers qui leur disputent la route des plateaux de Castille, la voie des palais où ils ont juré de replacer le roi légitime pour se partager, sur les marches du trône rétabli, les dignités du royaume et les richesses des vaincus.
Entre ces montagnards et les hommes des nouveaux partis, il n'y a pas que des rancunes politiques: il y a surtout et avant tout un vieux compte de meurtres impunis, de pillages sans rançon, d'incendies sans revanche.
Aussi, quand un soldat de Concha leur tombe aux mains, malheur à lui! Il paie pour les autres, pour ceux qui s'échappent.
—Frère, il faut mourir, lui dit-on en le collant à une roche.
L'homme esquisse un signe de croix et, sitôt que sa main redescend dans un plus lent ainsi soit-il, les fusils, alignés à dix pas de sa poitrine, crachent la mort.
L'homme s'affaisse comme une vieille chiffe et l'on n'en parle plus.
Les vautours des Pyrénées font le reste.
Si, sa soutane retroussée, le curé Miralles, un petit homme replet et courbé, les yeux bridés, passe à portée des fusilleurs, il accroche son fusil à sa ceinture et absout ou bénit le mourant d'un geste rapide.
Parfois, sans enlever de ses yeux la lunette marine, qui lui sert à inspecter rochers ou bois de chênes, il confesse le prisonnier.
Dame, un général est responsable de la vie de sa troupe!