Pedro Carrega, pour sa prisonnière, oublia la querelle de don Carlos et de la République.

La femme, qui avait peur, lui jura d'ailleurs qu'elle adorait le rey neto. Elle lui prouva qu'elle ne détestait pas les caresses parfumées à la poudre de guerre et que Pedro Carrega était sinon le plus beau des mortels, du moins le plus choyé des vainqueurs, entre les grosses masses de pierre du chaos de Mallorta.

Les deux bras de la prisonnière enserraient encore d'un collier presque mordoré le cou halé de Carrega, quand Joaquin Martinez vint prendre sa faction.

—Eh! doucement, fit-il, part à deux, señor caballero. Les nuits sont fraîches. Il n'est pas bon de dormir sans manteau, camarade. Je vois que tu es homme de précaution: pavillon de cheveux, pour mouchoir de cou des bras tièdes et couverture de chair molle. A mon tour, l'ami!

Carrega se leva et poussant derrière lui sa prisonnière:

—Ton tour, freluquet. Où règne Carrega, il n'y a pas deux rois. Si les nuits sont fraîches, va te chauffer contre cette mule que ma carabine a abattue, ou bien abats-en une autre. Mon butin est à moi, comme la Navarre est au roi Carlos, fils de Juive!

Joaquin Martinez épaula son arme et il allait tirer quand la femme, d'un bond de sauvagesse, détourna le fusil et envoya la balle se perdre dans les nuages.

Haussant les épaules, Martinez jeta l'arme déchargée et, d'un coup de navaja en plein ventre, coucha à terre la prisonnière de Carrega.

—Corps de Dieu! hurla le Navarrais se lançant en avant en brandissant sa carabine.

Mais un nouveau coup de la terrible navaja suspendit sur ses lèvres la kyrielle des blasphèmes.