Puisque le poison avait fait une faillite si complète, la chose qu'il convenait d'employer était la dynamite ou tout autre genre d'explosifs.

En conséquence, il examina à nouveau la liste de ses amis et de ses parents et, après de sérieuses réflexions, il résolut de faire sauter son oncle, le doyen de Chichester.

Le doyen, qui était un homme de beaucoup de culture et de savoir, raffolait des horloges. Il avait une merveilleuse collection d'appareils à mesurer le temps qui s'étendait depuis le XVe siècle jusqu'à nos jours. Il parut à lord Arthur que ce dada du bon doyen lui fournissait une excellente occasion de mener à bien ses plans.

Mais se procurer une machine explosive était naturellement un tout autre problème.

Le London Directory[20] ne lui donnait aucun renseignement à ce sujet et il pensa qu'il lui serait de peu d'utilité d'aller aux informations à Scotland Yard[21]. Là on n'est jamais informé des faits et gestes du parti de la dynamite qu'après qu'une explosion a eu lieu et encore n'en sait-on jamais bien long là-dessus.

Note 20:[ (retour) ] L'équivalent de notre Bottin pour le commerce anglais. (Note du traducteur.)

Note 21:[ (retour) ] La préfecture de police. (Note du traducteur.)

Soudain il pensa à son ami Rouvaloff, jeune Russe de tendances très révolutionnaires, qu'il avait rencontré, l'hiver précédent, chez lady Windermere.

Le comte Rouvaloff passait pour écrire une vie de Pierre le Grand. Il était venu en Angleterre sous prétexte d'y étudier les documents relatifs au séjour du Tzar dans ce pays en qualité de charpentier de marine; mais généralement on le soupçonnait d'être un agent nihiliste et il n'y avait nul doute que l'Ambassade Russe ne voyait pas d'un bon oeil sa présence à Londres.

Lord Arthur pensa que c'était là tout à fait l'homme qui convenait à ses desseins, et un matin, il poussa jusqu'à son logement à Bloomsbury pour lui demander son avis et son concours.