VI

Quand le mariage eut lieu, environ trois semaines plus tard, Saint-Peter fut envahi d'une vraie cohue de gens du meilleur monde.

Le service fut lu d'une façon très émouvante par le doyen de Chichester et tout le monde était d'accord pour reconnaître qu'on n'avait jamais vu de plus beau couple que le marié et la mariée.

Ils étaient plus que beaux, car ils, étaient heureux.

Jamais lord Arthur ne regretta ce qu'il avait souffert pour l'amour de Sybil, tandis qu'elle, de son côté, lui donnait les meilleures choses qu'une femme peut donner à un homme, le respect, la tendresse et l'amour.

Pour eux, la réalité ne tua pas le roman.

Ils conservèrent toujours la jeunesse des sentiments.

Quelques années plus tard, quand deux beaux enfants leur furent nés, lady Windermere vint leur rendre une visite à Alton Priory,—un vieux domaine aimé qui avait été le cadeau de noces du Duc à son fils,—et une après-midi qu'elle était assise, près de lady Arthur, sous un tilleul dans le jardin, regardant le garçonnet et la fillette qui jouaient à se promener par le parterre de roses comme des rayons de soleil incertains, elle prit soudain les mains de son hôtesse dans les siennes et lui dit:

—Êtes-vous heureuse, Sybil?

—Chère lady Windermere, certes oui, je suis heureuse! Et vous, ne l'êtes-vous pas?