—Beaucoup agissent bien, répliqua le meunier, mais peu savent bien parler, ce qui prouve que parler est de beaucoup la chose la plus difficile et aussi la plus belle des deux.
Et il regarda sévèrement par dessus la table son jeune fils qui se sentit si honteux de lui-même qu'il baissa la tête, devint presque écarlate et se mit à pleurer dans son thé.
Il était si jeune que vous l'excuserez.
—C'est là la fin de l'histoire? demanda le rat d'eau.
—Non pas, répliqua la linotte. C'est le commencement.
—Alors vous êtes tout à fait en arrière sur votre temps, reprit le rat d'eau. Tout bon conteur, aujourd'hui, débute par la fin, reprend au début et termine par le milieu. C'est la nouvelle méthode. J'ai entendu cela de la bouche d'un critique qui se promenait autour du réservoir avec un jeune homme. Il traitait la question en maître et je suis sûr qu'il devait avoir raison, car il avait des lunettes bleues et la tête chauve; et, quand le jeune homme lui faisait quelque observation, il répondait toujours: «Peuh!» Mais continuez, je vous prie, votre histoire. J'aime beaucoup le meunier. J'ai moi-même toute sorte de beaux sentiments: aussi y a-t-il une grande sympathie entre nous.
—Bien! fit la linotte sautillant tantôt sur une patte et tantôt sur l'autre. Sitôt que l'hiver fut passé, dès que les primevères commencèrent à ouvrir leurs étoiles jaune pâle, le meunier dit à sa femme qu'il allait sortir et faire visite au petit Hans.
—Ah! quel bon coeur vous avez! lui cria sa femme. Vous pensez toujours aux autres. Songez à emporter le grand panier pour rapporter des fleurs.
Alors le meunier attacha ensemble les ailes du moulin avec une forte chaîne de fer et descendit la colline, le panier au bras.
—Bonjour, petit Hans, dit le meunier.