Le pauvre petit Hans n'osa protester et, le lendemain, à l'aube, le meunier amena ses moutons près de sa petite ferme et Hans partit avec eux pour la montagne. Aller et revenir lui prirent toute la journée et quand il revint il était si fatigué qu'il s'endormit sur sa chaise et ne se réveilla qu'au jour.
—Quel temps délicieux j'aurai dans mon jardin! se dit-il, et il allait se mettre à la besogne.
Mais, d'une manière ou d'autre, il n'eut pas le temps de jeter un coup d'oeil à ses fleurs: son ami le meunier arrivait et l'envoyait faire de longues courses ou lui demandait de venir aider au moulin. Parfois le petit Hans était aux abois à la pensée que ses fleurs croiraient qu'il les avait oubliées, mais il se consolait en songeant que le meunier était son meilleur ami.
—En outre, avait-il coutume de dire, il va me donner sa brouette et c'est un acte de pure générosité.
Donc le petit Hans travaillait pour le meunier et le meunier disait beaucoup de belles choses sur l'amitié qu'Hans écrivait dans un livre de raison et qu'il relisait le soir, car il était lettré.
Or, il arriva qu'un soir le petit Hans était assis près de son feu quand on frappa un grand coup à la porte.
La nuit était très noire. Le vent soufflait et rugissait autour de la maison si terriblement que d'abord Hans pensa que c'était l'ouragan qui heurtait la porte. Mais un second coup résonna, puis un troisième plus rude que les autres.
—C'est quelque pauvre voyageur, se dit le petit Hans, et il courut à la porte.
Le meunier était sur le seuil, une lanterne d'une main et une grosse trique de l'autre.
—Cher petit Hans, cria le meunier, j'ai un grand chagrin. Mon gamin est tombé d'une échelle et s'est blessé. Je vais chercher le médecin. Mais il habite loin d'ici et la nuit est si mauvaise que j'ai pensé qu'il vaudrait mieux que vous alliez à ma place. Vous savez que je vous donne ma brouette. Ainsi il serait gentil à vous de faire en échange quelque chose pour moi.