Le roi de Ceylan allait à cheval par la ville avec un gros rubis dans sa main, pour la cérémonie de son couronnement. Les portes du palais de Jean-le-Prêtre étaient «faites de sardoines, au milieu desquelles était incrustée la corne d'une vipère cornue, ce qui faisait que nul homme portant du poison ne pouvait entrer.» Au fronton, l'on voyait «deux pommes d'or dans lesquelles étaient enchâssées deux escarboucles» de sorte que l'or luisait dans le jour et que les escarboucles éclairaient la nuit.
Dans l'étrange roman de Lodge «Une perle d'Amérique» il est écrit que dans la chambre de la reine, on pouvait voir «toutes les chastes femmes du monde, vêtues d'argent, regardant à travers de beaux miroirs de chrysolithes, d'escarboucles, de saphyrs et d'émeraudes vertes». Marco Polo a vu les habitants du Zipango placer des perles roses dans la bouche des morts.
Un monstre marin s'était enamouré de la perle qu'un plongeur rapportait au roi Perozes, avait tué le voleur, et pleuré sept lunes sur la perte du joyau. Quand les Huns attirèrent le roi dans une grande fosse, il s'envola, Procope nous raconte, et il ne fut jamais retrouvé bien que l'empereur Anastasius eut offert cinq cent tonnes de pièces d'or à qui le découvrirait.... Le roi de Malabar montra à un certain Vénitien un rosaire de trois cent quatre perles, une pour chaque dieu qu'il adorait.
Quand le duc de Valentinois, fils d'Alexandre VI, fit visite à Louis XII de France, son cheval était bardé de feuilles d'or, si l'on en croit Brantôme, et son chapeau portait un double rang de rubis qui répandaient une éclatante lumière. Charles d'Angleterre montait à cheval avec des étriers sertis de quatre cent vingt et un diamants. Richard II avait un costume, évalué à trente mille marks, couvert de rubis balais.
Hall décrit Henry VIII allant à la Tour avant son couronnement, comme portant «un pourpoint rehaussé d'or, le plastron brodé de diamants et autres riches pierreries, et autour du cou, un grand baudrier enrichi d'énormes balais.»
Les favoris de Jacques Ier portaient des boucles d'oreilles d'émeraudes retenues par des filigranes d'or. Edouard II donna à Piers Gaveston une armure d'or rouge semée d'hyacinthes, un collier de roses d'or serti de turquoises et un heaume emperlé.... Henry II portait des gants enrichis de pierreries montant jusqu'au coude et avait un gant de fauconnerie cousu de vingt rubis et de cinquante-deux perles. Le chapeau ducal de Charles le Téméraire, dernier duc de Bourgogne, était chargé de perles piriformes et semé de saphyrs.
Quelle exquise vie que celle de jadis! Quelle magnificence dans la pompe et la décoration! Cela semblait encore merveilleux à lire, ces fastes luxueux des temps abolis!
Puis il tourna son attention vers les broderies, les tapisseries, qui tenaient lieu de fresques dans les salles glacées des nations du Nord. Comme il s'absorbait dans ce sujet—il avait toujours eu une extraordinaire faculté d'absorber totalement son esprit dans quoi qu'il entreprît—il s'assombrit à la pensée de la ruine que le temps apportait sur les belles et prestigieuses choses. Lui, toutefois, y avait échappé....
Les étés succédaient aux étés, et les jonquilles jaunes avaient fleuri et étaient mortes bien des fois, et des nuits d'horreur répétaient l'histoire de leur honte, et lui n'avait pas changé!... Nul hiver n'abîma sa face, ne ternit sa pureté florale. Quelle différence avec les choses matérielles! Où étaient-elles maintenant?
Où était la belle robe couleur de crocus, pour laquelle les dieux avaient combattu les géants, que de brunes filles avaient tissé pour le plaisir d'Athèné?... Où, l'énorme velarium que Néron avait tendu devant le Colisée de Rome, cette voile titanesque de pourpre sur laquelle étaient représentés les cieux étoilés et Apollon conduisant son quadrige de blancs coursiers aux rênes d'or?...