Après deux ou trois minutes de terrible silence, Dorian se retourna et vint se poser derrière lui, la main appuyée sur son épaule.
—Je le regrette pour vous, Alan, murmura-t-il, mais vous ne m'avez laissé aucune alternative. J'avais une lettre toute prête, la voici. Vous voyez l'adresse. Si vous ne m'aidez pas, il faudra que je l'envoie; si vous ne m'aidez pas, je l'enverrai.... Vous savez ce qui en résultera.... Mais vous allez m'aider. Il est impossible que vous me refusiez maintenant. J'ai essayé de vous épargner. Vous me rendrez la justice de le reconnaître.... Vous fûtes sévère, dur, offensant. Vous m'avez traité comme nul homme n'osa jamais le faire—nul homme vivant, tout au moins. J'ai tout supporté. Maintenant c'est à moi à dicter les conditions.
Campbell cacha sa tête entre ses mains; un frisson le parcourut....
—Oui, c'est à mon tour à dicter mes conditions, Alan. Vous les connaissez. La chose est très simple. Venez, ne vous mettez pas ainsi en fièvre. Il faut que la chose soit faite. Envisagez-la et faites-la....
Un gémissement sortit des lèvres de Campbell qui se mit à trembler de tout son corps. Le tic-tac de l'horloge sur la cheminée lui parut diviser le temps en atomes successifs d'agonie, dont chacun était trop lourd pour être porté. Il lui sembla qu'un cercle de fer enserrait lentement son front, et que la honte dont il était menacé l'avait atteint déjà. La main posée sur son épaule lui pesait comme une main de plomb, intolérablement. Elle semblait le broyer.
—Eh bien!... Alan! il faut vous décider.
—Je ne peux pas, dit-il machinalement, comme si ces mots avaient pu changer la situation....
—Il le faut. Vous n'avez pas le choix.... N'attendez plus.
Il hésita un instant.
—Y a-t-il du feu dans cette chambre haute?