Trevor étant rentré, Hughie lui dit adieu, en rougissant un peu de son action.

Il passa toute la journée avec Laura, reçut une charmante réprimande pour sa prodigalité et se vit forcé de rentrer à pied.

Ce soir-là, il entra au club de la Palette vers onze heures, et trouva Trevor seul dans le fumoir devant un verre de vin blanc à l'eau de seltz.

- Eh! bien, Alan! lui dit-il, en allumant sa cigarette. Avez-vous terminé votre tableau à votre gré?

- Fini et encadré, mon garçon, répondit Trevor. À propos vous avez fait une conquête, ce vieux modèle, que vous avez vu, est tout à fait enchanté de vous. Il a fallu que je lui parle de vous, que je lui dise tout… qui vous êtes, où vous demeurez, votre revenu, vos projets d'avenir, etc…

- Mon cher Alan, s'écria Hughie, je suis sûr que je vais le trouver en faction devant ma porte quand je rentrerai. Mais non, ce n'est qu'une plaisanterie. Pauvre vieux bonhomme! Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour lui. Je trouve terrible qu'on soit aussi misérable. J'ai des quantités de vieux effets chez moi! Pensez-vous que cela ferait son affaire? Je le crois, car ses haillons tombaient par morceaux.

- Mais ça lui allait superbement, dit Trevor. Pour rien au monde je ne ferai son portrait en habit noir. Ce que vous appelez des guenilles, je l'appelle du pittoresque; ce qui vous paraît pauvreté, me semble à moi de la couleur locale! Néanmoins je lui dirai un mot de votre offre.

- Alan, dit Hughie d'un air sérieux, vous autres peintres, vous êtes des gens sans coeur.

- Un artiste a son coeur dans sa tête, repartit Trevor. D'ailleurs, nous avons à voir le monde comme il est, et non à le refaire d'après ce que nous en savons. À chacun son métier. Maintenant donnez-moi des nouvelles de Laura. Le vieux modèle s'est vraiment intéressé à elle.

- Vous ne voulez pas dire que vous lui en avez parlé? fit Hughie.