- Je suis sûr qu'il me prend pour un aigrefin, dit Hughie.

- Pas du tout! Il était enchanté, quand vous êtes parti; il ne cessait de se parler tout bas, de se frotter ses vieilles mains ridées. Je me demandais pourquoi il mettait tant d'insistance à savoir tout ce qui vous concernait, et n'y comprenais rien, mais j'y vois clair maintenant. Il va placer votre souverain à votre nom, Hughie. Tous les six mois, il vous enverra l'intérêt, et il aura une histoire superbe à conter au dessert.

-Je suis un pauvre diable de malheureux, grommela Hughie et ce que j'ai de mieux à faire c'est d'aller me coucher! Quant à vous, mon cher Alan, n'en parlez à personne; je n'oserais plus me montrer dans le Roso.

- Des bêtises! cela fait le plus grand honneur à votre esprit de philanthropie, Hughie. Et ne partez pas! Prenez une autre cigarette, vous me parlerez de Laura tant que vous voudrez.

Mais Hughie ne voulut pas rester.

Il rentra chez lui à pied, se sentant très malheureux, et il quitta Alan au milieu d'une crise de fou rire.

Le lendemain matin, pendant qu'il déjeunait, le domestique lui remit une carte portant ces mots:

«Monsieur Gustave Naudin, de la part de monsieur le baron de
Hausberg.»

- Je suppose qu'il m'envoie demander des excuses, se dit Hughie.

Et il donna au domestique l'ordre de faire entrer.