Le public a une franche aversion contre une forme nouvelle de la beauté, et toutes les fois qu'il en surgit une, il se met tellement en colère, il s'affole tellement, qu'il en vient toujours à deux assertions stupides, - la première, que l'oeuvre d'art est grossièrement inintelligible, la seconde que cette oeuvre est grossièrement immorale.

Qu'est-ce qu'il entend par là?

Le voici, à ce que je crois.

Quand il dit qu'une chose est grossièrement inintelligible, il veut dire que l'artiste a écrit ou créé une belle chose qui est nouvelle.

Quand il qualifie une oeuvre de grossièrement immorale, cela signifie que l'artiste a dit ou fait une belle chose qui est vraie.

La première phrase se rapporta au style; la dernière au sujet traité. Mais sans doute ces mots ont pour lui un sens très vague, il s'en sert comme une foule en émeute se sert de pavés tout prêts.

Il n'y a pas un seul vrai poète, pas un seul vrai prosateur, en ce siècle par exemple, auquel le public anglais n'ait solennellement conféré des diplômes d'immoralité.

Et chez nous ces diplômes sont l'équivalent exact de ce qu'est en France l'entrée officielle par une élection à l'Académie Française; et par bonheur, ils ont eu pour effet d'empêcher l'établissement d'une institution identique, dont l'Angleterre n'a aucun besoin.

Naturellement le public se montre très téméraire dans l'emploi de ces qualifications.

Qu'on ait qualifié Wordsworth de poète immoral, il fallait s'y attendre. Wordsworth était un poète. Mais que Charles Kingsley ait été appelé un romancier immoral, c'est extraordinaire, la prose de Kingsley n'était pas d'une très belle qualité.