Néanmoins, bien que la Papauté ait gardé sa rhétorique tonitruante et perdu la baguette conductrice de sa foudre, il vaut mieux que l'artiste ne vive point avec les Papes.

C'est un pape qui dit de Cellini en plein conclave de cardinaux que les lois faites pour tout le monde, l'autorité faite pour tout le monde, n'étaient point faites pour des hommes tels que lui. Mais ce fut un pape qui jeta Cellini en prison, l'y tint jusqu'à ce qu'il devînt malade de rage, si bien qu'il finit par se créer à lui-même des visions imaginaires, qu'il vit le soleil entrer tout doré dans sa chambre, et en devint si amoureux, qu'il voulut s'échapper, qu'il rampa de tour en tour, que l'air de l'aube lui donna le vertige, qu'il tomba, s'estropia, fut couvert de feuilles de vigne par un vigneron, et transporté dans une charrette auprès d'un homme qui, épris de belles choses, eut soin de lui.

Il y a du danger auprès des Papes.

Quant au peuple, que dire de lui, et de son autorité.

On a peut-être assez parlé de lui et de son autorité. Son autorité est chose aveugle, sourde, hideuse, grotesque, tragique, amusante, sérieuse, et obscène.

Il est impossible à l'artiste de vivre avec le peuple.

Tous les despotes vous achètent. Le peuple vous achète et vous abrutit.

Qui lui a parlé d'exercer une autorité?

Il a été fait pour vivre, pour écouter, pour aimer.

On lui a causé un grand dommage. Le peuple s'est défiguré par l'imitation de ses inférieurs.