- Mort! m'écriai-je.
- Oui, il se tua d'un coup de revolver. Un peu de son sang jaillit sur le cadre du portrait juste à la place où le nom était peint. Quand j'arrivai, - son domestique m'avait sur-le-champ envoyé chercher, - la police était déjà là. Il avait laissé une lettre pour moi, écrite évidemment dans la plus grande agitation et la plus grande détresse du coeur.
- Que contenait-elle? demandai-je.
- Oh! qu'il avait une foi absolue dans l'existence de Willie Hughes, que le faux du portrait n'avait été fait que comme une concession à mon égard et n'affaiblissait à aucun degré la vérité de la théorie; bref, que pour me montrer combien sa foi était ferme et inébranlable, il allait offrir sa vie en sacrifice au secret des Sonnets.
C'était une lettre folle, démente. Je me souviens qu'il finissait en me disant qu'il me confiait la théorie Willie Hughes et que c'était à moi de la présenter an monde et de dévoiler le secret du coeur de Shakespeare.
- C'est là une bien tragique histoire, m'écriai-je, mais pourquoi n'avez-vous pas accompli ses voeux?
Erskine haussa les épaules.
- Parce que c'est du commencement à la fin une théorie absolument erronée, répondit-il.
- Mon cher Erskine, lui dis-je en me levant de mon siège, vous êtes là-dessus dans une erreur complète. C'est la seule clé parfaite des _Sonnets _de Shakespeare qu'on ait jamais construite. Elle est parfaite dans tous ses détails. Je crois à Willie Hughes.
- Ne dites pas cela, répliqua gravement Erskine. Je reconnais qu'il y a dans l'idée quelque chose qui séduit inévitablement et intellectuellement il n'y a rien à y redire. J'ai examiné la question dans tous ses détails et je vous assure que la théorie est entièrement fallacieuse. Elle est plausible jusqu'à un certain point. Au delà tout dégringole. Pour l'amour du ciel, mon cher enfant, ne vous lancez pas sur ce thème de Willie Hughes. Vous y briseriez votre coeur.