Peut-être étais-je simplement las de tout le problème et, mon enthousiasme s'étant consumé, ma raison en revint à son propre jugement sans passion?
Quelle qu'en fut la cause, et je ne prétends pas en fournir l'explication, - il n'y avait pas de doute que Willie Hughes était soudain devenu pour moi un pur mythe, un rêve oiseux, l'imagination enfantine d'un jeune homme, qui, comme bien des esprits ardents, était plus soucieux de convaincre les autres que d'être lui-même convaincu.
Comme j'avais dit à Erskine dans ma lettre des choses très injustes et très amères, je décidai d'aller le voir une fois et de m'excuser auprès de lui de ma conduite.
Conformément à cette résolution, le lendemain matin, je poussai jusqu'à Bird Cagewalk.
Je trouvai Erskine assis dans sa bibliothèque, le faux portrait de
Willie Hughes en face de lui.
- Mon cher Erskine, m'écriai-je. Je viens vous faire mes excuses.
- Me faire vos excuses! dit-il. Et pourquoi?
- Pour ma lettre, répondis-je.
- Vous n'avez rien à regretter dans votre lettre, dit-il. Au contraire, vous m'avez rendu le plus grand service qui soit en votre pouvoir. Vous m'avez montré que la théorie de Cyril Graham est d'une solidité parfaite.
- Vous ne voulez pas dire que vous croyez à Willie Hugues? m'exclamai-je.