SALOMÉ. Mais il est terrible, il est terrible.

LE JEUNE SYRIEN. Ne restez pas ici, princesse, je vous en prie.

SALOMÉ. Ce sont les yeux surtout qui sont terribles. On dirait des trous noirs laissés par des flambeaux sur une tapisserie de Tyr. On dirait des cavernes noires où demeurent des dragons, des cavernes noires d’Égypte où les dragons trouvent leur asile. On dirait des lacs noirs troublés par des lunes fantastiques . . . Pensez-vous qu’il parlera encore?

LE JEUNE SYRIEN. Ne restez pas ici, princesse! Je vous prie de ne pas rester ici.

SALOMÉ. Comme il est maigre aussi! il ressemble à une mince image d’ivoire. On dirait une image d’argent. Je suis sûre qu’il est chaste, autant que la lune. Il ressemble à un rayon d’argent. Sa chair doit être très froide, comme de l’ivoire . . . Je veux le regarder de près.

LE JEUNE SYRIEN. Non, non, princesse!

SALOMÉ. Il faut que je le regarde de près.

LE JEUNE SYRIEN. Princesse! Princesse!

IOKANAAN. Qui est cette femme qui me regarde? Je ne veux pas qu’elle me regarde. Pourquoi me regarde-t-elle avec ses yeux d’or sous ses paupières dorées? Je ne sais pas qui c’est. Je ne veux pas le savoir. Dites-lui de s’en aller. Ce n’est pas à elle que je veux parler.

SALOMÉ. Je suis Salomé, fille d’Hérodias, princesse de Judée.