Comme Platon, Ibsen représente les deux sexes, deux parties d'un même tout, séparées jadis par quelque douloureux déchirement et aspirant à reconstituer leur primitive unité.
De quelles femmes admirables a-t-il peuplé son théâtre! On prétend que ce sont des fictions, des rêves, que dans la vie ces femmes sont des phénomènes.
BORCKMAN.—Ah! ces femmes! Elles nous gâtent et nous déforment l'existence! Elles brisent nos destinées, elles nous dérobent la victoire.
FOLDAL.—Pas toutes, Jean Gabriel!
BORCKMAN.—Vraiment! En connais-tu une seule qui vaille quelque chose?
FOLDAL.—Hélas! non! Le peu que j'en connais n'est pas à citer.
BORCKMAN.—Eh bien! qu'importe qu'il y en ait d'autres si on ne les connaît pas!
FOLDAL.—Si, Jean Gabriel! cela importe quand même. Il est si bon, il est si doux de penser que là-bas, au loin, tout autour de nous ... la vraie femme existe quoi qu'il en soit.
BORCKMAN.—Ah! laisse-moi donc tranquille avec ces poétiques sornettes!»[5]
Fictions? rêves? Peut-être. Mais nous n'avons pas à nous plaindre: nous avons élevé la femme d'après notre image. Fiction ou réalité, les femmes d'Ibsen sont des êtres supérieurs. Et l'homme est ainsi fait qu'il aime prendre souvent ses désirs pour des réalités, il est porté à vouloir ce qu'il ne possède pas.