[25] Ibsen, Rosmersholm.


CONCLUSION

I

Les idées d'Ibsen sont-elles originales, sont-elles bien à lui? En France, on veut voir les origines et les racines de son théâtre dans le romantisme français. M. Jules Lemaître revendique nettement pour George Sand la paternité des idées du poète norvégien. D'ailleurs, le très subtil auteur des Contemporains, avec une franchise que l'on souhaiterait souvent voir appliquée aux autres domaines, avoue qu'il critique et compare les auteurs d'après «des lectures forcément un peu lointaines et sur les images simplifiées qui, d'elles-mêmes, à la suite de ces lectures, se sont déposées en lui».[1]

M. G. Larroumet ne nie pas l'influence du romantisme français sur l'auteur de Brand, mais plus bienveillant pour lui que M. Jules Lemaître, il constate que «le caractère de l'homme, l'état intellectuel et moral de son pays, la marche de la littérature européenne semblent avoir contribué à cette oeuvre dans des proportions à peu près égales».[2]

Or, pour avoir le coeur net, M. Georges Brandès demanda à Ibsen s'il avait subi l'influence de George Sand: «Je déclare sur mon honneur et ma conscience, répondit celui-ci, que jamais de ma vie, ni dans ma jeunesse, ni plus tard, je n'ai lu un seul livre de George Sand. J'ai commencé une fois la lecture de Consuelo en traduction[3], mais l'ai mis tout de suite de côté, parce que ce roman me parut le produit d'un dilettantisme philosophique. Il est possible qu'en cela je me sois trompé, mais je n'en avais lu que quelques pages.»[4]

Cela ne diminue point l'influence de l'auteur d'Indiana sur les écrivains européens. Elle fut immense. A certaine époque on disait: «le siècle de George Sand» comme on disait: «le siècle de Byron ou de Hugo.» Henri Heine trouve que les écrits de Sand «incendièrent le inonde entier, illuminant bien des prisons, où ne pénétrait nulle consolation; mais, en même temps, leurs feux pernicieux dévorèrent les temples paisibles de l'innocence».[5]

Le biographe russe de George Sand, Mme Tsebrikov, prétend que toute la génération russe des années 1830-1840 a grandi sous l'influence de Sand.[6]

«George Sand, écrivit en 1876 Dostoïevsky[7], est l'un des esprits qui prévoient un meilleur avenir pour l'humanité. J'eus pour elle une grande admiration dans ma jeunesse, ses romans me servaient d'école démocratique. Son influence sur mon développement intellectuel fut énorme.»