Les rues étaient désertes; les petits vergers étaient remplis de cerisiers tout blancs de fleurs; au loin on entendait le frais et paisible murmure d’une rivière.

Après avoir fait une centaine de pas, Maroussia se retourna pour jeter un regard sur la maison du grand ataman.

Sa grande ombre était toujours là, sur le seuil; l’ataman pensif les suivait des yeux.

A la lueur incertaine des étoiles, sa figure était à peine visible; mais ce qu’on apercevait de son être exprimait encore si bien la souffrance, que Maroussia sentit son cœur battre pour lui.

«Celui-là saura défendre Tchiguirine? demanda-t-elle à son grand ami.

—Oui, si on l’attaque; mais nos ennemis ont plus facile à faire que de prendre par la force nos villes.

—Mais enfin, si on l’attaque?

—Il s’y ferait tuer plutôt que de la rendre.

—J’en étais sûre,» dit la petite enthousiaste en battant des mains.

Ils ne prenaient pas par les rues qu’en venant ils avaient traversées. Tchetchevik avait son idée de bien voir par ses yeux l’aspect que présentaient les autres quartiers de la ville.