XV
LES RENCONTRES.
Deux semaines après l’entrevue de Tchetchevik avec le grand ataman, par une douce et splendide soirée, le vieux rapsode avec son Antigone s’approchait lentement d’un village incendié.
Son voyage et celui de Maroussia n’étaient pas un voyage d’agrément. On voyait bien qu’ils ne s’étaient pas permis de prendre même le repos nécessaire: leurs yeux cernés brillaient d’un feu fiévreux; leurs figures étaient brûlées par le soleil et leurs vêtements couverts de poussière; leurs lèvres étaient sèches, leurs pieds meurtris.
Néanmoins, ils marchaient courageusement et causaient avec calme et sérénité.
A l’exception de quelques rencontres imprévues d’hommes qui se trouvaient on ne sait comment sur leur chemin, et qui échangeaient à peine un mot et quelquefois rien qu’un signe avec Tchetchevik, ils ne rencontraient d’ordinaire pas âme qui vive.
Tout était silencieux et désert; souvent ils avaient vu des maisonnettes en ruines, des murailles calcinées, des fermes détruites, des champs dévastés, des jardins ravagés, des troncs d’arbres à moitié brûlés, noirs d’un côté, encore verts de l’autre, à demi morts, à demi vivants.
Pour le moment, ils avaient sous les yeux un village récemment incendié; un peu de fumée s’élevant au-dessus de chaque amas de décombres en marquait la place.
A l’extrémité de ce qui avait dû être une rue, ils découvrirent les margelles ébréchées d’un puits.
«Un peu d’eau fraîche te fera du bien,» dit Tchetchevik à Maroussia.