—Tu es bien fatiguée, ma chérie? lui demanda son grand ami.
—Non, je ne suis pas fatiguée, mais je voudrais savoir si nous avons encore beaucoup de chemin à faire.
—Heureusement non. Vois-tu cette forêt à notre droite? Eh bien! c’est là que nous nous reposerons. Mais tu es à bout de force, mon enfant?
—Non, non... Je t’assure, je t’assure que non.
—Tu dis que tu n’es pas fatiguée, reprit en souriant son grand ami. En es-tu bien sûre? Tu sais le châtiment qui est réservé, aux cieux, à ceux qui, même avec de bonnes intentions, n’ont pas dit la vérité sur la terre? Pour purifier leur langue, ils sont condamnés à lécher un fer rougi au feu. Ne crains-tu rien pour ta petite langue?
—Je ne crois pas avoir à craindre le fer rouge,» répondit Maroussia, et ses petites dents blanches brillèrent entre ses lèvres à demi ouvertes par un sourire.
Cependant, après avoir réfléchi une demi-minute, la petite fille ajouta en fixant ses grands yeux limpides sur son ami:
«Sais-tu? j’aimerais mieux lécher le fer rouge que de m’arrêter quand il faut que tu marches.
—Je connais un moyen d’arranger l’affaire,» répondit le grand ami.
Et, avant d’avoir pu s’en défendre, la petite sophiste, la petite raisonneuse était dans ses bras.